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Le blog de Fabien Lizé

Le blog de Fabien Lizé

Page ou j'échange sur mes goûts dans différents domaines (Musique, Théâtre, Littérature) et où je m'entretiens avec certains artistes.


ULYSSE DI GREGORIO : L'ENTRETIEN

Publié par le blog de Fabien Lize sur 10 Avril 2013, 08:55am

Catégories : #culture

 

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Pourquoi cet entretien avec Ulysse…parce que j’ai aimé sa dernière mise en scène (voir mon article « chronique fraiche » sur ce blog), parce que nous nous connaissons sans nous connaitre vraiment depuis très longtemps, parce que j’aime les gens de théâtre…puis parce que…alors…

Voici donc mes petites questions à Ulysse

-Qu’est ce qui t’a amené au théâtre ?

-Au départ j’étais mannequin. Par la suite j’ai fait une formation à la mise en scène. Puis je suis entré dans une compagnie avec des amis et là j’ai commencé à                   « rassembler » des personnes autour de moi. Voilà c’est un peu comme ça qu’a commencé le théâtre, pour moi.

-Tu évoques ta formation à la mise en scène…Tu peux en dire plus?

-Oui. Plus exactement c’était une formation à la mise en scène et au métier d’acteur. Il s’agissait de la formation d’Eva SAINT PAUL. Mais vraiment ce que je préfère c’est la mise en scène. Je te l’ai déjà dit mais j’aime rassembler. La direction d’acteur j’aime ça.

-Je t’ai vu à la fois acteur et metteur en scène, donc dans les 2 situations, et à chaque fois dans des textes d’Harold PINTER. Ta rencontre avec les textes de cet auteur a t’elle une résonnance particulière pour toi ?

-Oui en effet j’aime beaucoup cet univers. Un peu comme IONESCO, BECKETT. J’aime cet humour du « théâtre de l’absurde ». En fait lors de ma formation j’ai parcouru l’œuvre de PINTER. J’ai aimé cet univers très particulier, les « non dits »…Tout est là mais se dit autrement, pas de manière anecdotique comme au quotidien. J’ai vu ses films également. Tout cela m’a plu. Mais pour mon travail sur la pièce « Une sorte d’Alaska », c’est vraiment le thème qui m’a inspiré. Le thème de la sieste (Rires)

-C’est drôle parce qu’au moment où je suis venu voir la pièce j’étais en train de lire un bouquin de Olivier SACKS, le fameux neurologue dont « Aweking », un de ses livres, avait inspiré PINTER pour écrire cette pièce

Ulysse est étonné…

-Mais comment ça tu lisais SACKS ? Tu lisais SACKS parce que tu savais que tu viendrais voir la pièce ?

-Non, pur hasard !

-C’est vrai ?!

-Oui et franchement j’ai trouvé que c’était une belle coïncidence quand j’ai su qu’il existait ce lien.

-Ah, c’est fou ! Tu devais être là à ce moment là ! En tout cas le thème de la pièce est extraordinaire. Il s’agit d’une femme qui vient de se réveiller après un « très très long sommeil ». Comment va-t-elle découvrir ce monde qui ne lui appartient plus ? Va-t-elle accepter de se retrouver à l’intérieur de cet univers qu’elle ne comprend pas ? Va-t-elle accepter ce temps ? C’est pour elle comme si on lui avait volé son enfance, une partie de sa vie. C’est ce qui m’a beaucoup plu dans cette pièce, tous ces questionnements. Ce texte est également très poétique

-Pour ma part j’ai entrevu dans cette pièce 3 ou 4 lectures possibles.

-Oui c’est vrai ! Dans la mise en scène j’ai voulu être au plus près de l’auteur. Le texte permet vraiment d’exploiter plusieurs idées : il porte à la création. Effectivement on se pose des questions sur cette femme mais il reste une vraie liberté possible dans la création.

-Qu’attends tu des comédiens lorsque tu mets en scène et comment les choisis tu ?

-Je choisi d’abord des gens avec qui j’ai envie de travailler et après je choisi la pièce. Après je vois ce qui pourrait leur correspondre et pas le contraire. D’abord les acteurs ! Je les choisi parce que je les ai déjà vu jouer ou que j’ai envie de faire un travail avec eux.

-Du coup qu’est ce que tu attends d’eux ? Tu sais ce que tu vas leur demander ?

-Bah parfois on le sait intellectuellement mais il faut mettre en pratique. Parce que, ce que l’on peut imaginer peut tomber en ruine (Rires). On pense une chose, on est sur que c’est bon et au moment de la création, de la mise en pratique parfois il ne se passe rien. Les comédiens peuvent aussi faire des propositions.

-Tu les laisse proposer à partir de la lecture du texte ou une fois que les choses sont un peu plus avancées ?

-Plutôt au début. Mais je leur dit qu’on est dans une création et qu’il faut se situer à travers des lignes que j’impose mais qu’ils sont eux aussi en « mode création »et qu’ils doivent parfois inventer, créer, imaginer…On a les mêmes rails mais le temps va être différent, la vitesse du train va varier aussi. Il va se passer pleins de choses qui peuvent être différentes. Mais il faut que ce soit différent sinon cela devient mécanique.

-Etre un bon comédien c’est quoi pour toi ?

-Un bon comédien c’est une éponge !

-Sans le coté qui gratte, alors ?! (Rires).

-Avec le coté qui gratte ! Il doit comprendre, emmagasiner. Puis moi je presse (Rires)

-As-tu déjà eu envie d’écrire une pièce ?

-Oui j’y ai pensé. C’est une idée qui m’ traversé l’esprit, même plusieurs fois. Mais pour l’instant rien de concret de ma part. En tout cas je prends des notes de la vie, des gens qui m’entourent. Je suis comme un petit aimant ! Alors oui bien sur il y a l’envie de créer quelque chose entièrement. Mise en scène, texte…

-Est-ce qu’il y a des rôles que tu ne jouerais pas et pourquoi ?

-Spontanément j’ai envie de te répondre, non. Parce qu’il n’y a rien de catégorique comme ça chez moi. Ce serait même plutôt parce qu’un rôle pourrait être repoussant que j’aurai envie d’y aller. Non j’y trouverai un intérêt.

Comment te sens-tu après une représentation ?

-Vidé et grave !

Pourquoi grave ?

-La gravité parce que je me sens une réelle responsabilité. Après une représentation je me demande toujours si la mission a réussi. C’est comme une mise en abîme de moi-même. La mission c’est donc de savoir si on a réussi à faire sortir les gens de leur siège, les faire voyager. C’est pour moi comme le chirurgien qui opère un malade et qui se demande si l’opération a réussi ou pas. Pour moi c’est exactement pareil. Les gens qui viennent au théâtre sont parfois aussi un peu « malades ». Quand je dis "malades", je veux dire qu’ils ont envie d’amour. Il y a pleins de choses qu’ils n’ont pas. Parfois ils sont tristes. Alors je me dis que s’ils sont là, assis au cinéma ou au théâtre, dans une salle sombre c’est qu’ils ont besoin de choses fortes. Donc on doit les faire voyager. Je transpose, bien sur, mais pour moi c’est ça !

-Sauf que moi j’y vois juste quelques nuances…

-Non mais c’est un peu brutal de ma part de dire que les gens qui vont au théâtre sont malades mais je suppose que tu vois ce que je veux dire ?

-Quand même, là où j’y vois une différence entre l’acte d’un chirurgien ou d’un médecin, c’est que  certes, un soir la pièce peut ne pas fonctionner mais ce n’est pas forcément sur la durée. L’acte est pour moi moins « définitif ».

-Mais non parce que c’est fait ! Les gens sont venus et ne viennent pas deux fois au spectacle. Oui c’est comme un médecin avec le prochain malade. Non ? Mais il ne faut pas dire au malade que c’est le prochain qui sera guéri (Rires).

-Comment tu travailles en tant que comédien ?

-bah franchement en ce moment je suis beaucoup plus sur la mise en scène.

-…Alors, sur la mise en scène ?

-Je commence par un travail de lecture à plat. Ensuite j’essaye d’imaginer comment peut se dessiner techniquement la pièce. Puis j’y ajoute de bonnes nuits de sommeil. Je pourrais presque dire que je fais mes mises en scène quand je dors.

-Oui l’inconscient fait sa part de boulot. Je comprends, ça m’arrive aussi quand je travaille l’écriture.

Est-ce qu’il y a une pièce du répertoire que tu rêverais de mettre en scène ?

-Non je n’ai pas de rêves mais si je pouvais ce serait les « Bacchantes » d’EURIPIDE.

-J’ai vu cette pièce il y a longtemps à la Comédie Française, avec Michel ROBIN dans un des rôles. C’est une pièce complexe et belle. Pourquoi celle la ?

-J’aime bien les tragédies grecques. J’aime le coté onirique et également fantastique de la pièce. Puis c’est très violent et c’est intéressant à ressentir dans le drame.

-J’arrive à mes dernière question, Ulysse. Tes futurs projets sont… ?

Je mets en scène en ce moment « L’échange » de CLAUDEL. Puis je viens de finir un court métrage entre le documentaire et le vrai petit film.

-Le sujet c’est quoi ?

-C’est Paris, c’est la rue et c’est tous ces gens qu’on ne veut pas voir. C’est un petit film sur la vie à Paris. Je crois que j’ai essayé de rendre beau ce qu’on nous cache, parfois. J’ai filmé tout ça à l’arrache avec mon téléphone portable. C’est un film sans paroles. J’aimerai le présenter dans les festivals.

La question d’Ulysse…

Qu’est ce qui fait que tu n’es pas devenu comédien ou que tu n’a pas fait un métier artistique ?

-Adolescent je faisais du théâtre j’adorais ça mais je crois qu’après au moment des      « choix de vie » j’ai eu peur justement de les faire ces choix. Manque de courage peut être ? En tout cas peur de ne pas pouvoir en vivre. J’aurai à faire ces choix « d’ado » aujourd’hui ce serai surement différent (Rires)

 

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