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Le blog de Fabien Lizé

Le blog de Fabien Lizé

Page ou j'échange sur mes goûts dans différents domaines (Musique, Théâtre, Littérature) et où je m'entretiens avec certains artistes.


NICOLAS CHEMIN : L'ENTRETIEN

Publié par moeb sur 28 Février 2012, 21:35pm

Catégories : #culture

 

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Oups!! Nous sommes en 2012.....Alors j'avoue j'ai un peu de retard...Cet entretien date de la fin de l'année 2011.

La photo met en évidence le cinéma François Truffaut (à Chilly-Mazarin) qu'anime et dirige Nicolas CHEMIN dont vous allez lire l'entretien ci dessous.

 

 

Nicolas, un directeur de cinéma c’est quoi pour toi ?

 

Un directeur de cinéma comme moi, c'est-à-dire de proximité à vocation « Art et Essai », en tout cas de recherche, c’est une personne partagée entre une tradition cinéphile et des imbroglios de gestion. En gros ! (rires).

Le but de l’activité c’est à la fois d’avoir une mission de service public de proximité, c'est-à-dire de contenter un maximum de personnes dans un rayon donné et là, on n’est pas que sur un créneau hyper cinéphile donc il faut savoir à maintes et maintes reprises et même, en majorité, oublier ses affections personnelles, on va dire!

C’est donc un travail à équilibrer. Mais le directeur reste quelqu’un qui fait de la transmission. C'est-à-dire qu’il transmet, pas forcément un savoir mais en tout cas des impressions, des envies...des envies d’images.

C’est un genre de médiation. Il y a là un rôle de passeur mais un passeur qui passe une grande partie de son temps à organiser le fait de passer plus que de passer, malheureusement !

Les publics sont différents : les tout petits, les scolaires, les centres de loisir, les soirées jeunes public, puis les soirées spéciales tous domaines confondus. L’idée est quand même de faire découvrir et d’amener un certain public au cinéma avec le challenge que cela représente.  Parce que le public acquis, finalement on passe beaucoup de temps avec lui mais c’est un temps de discussion qui fait partie de la finalité mais qui n’est pas finalité. La finalité même, étant de sortir de l’entre soi et de faire rayonner un certain type de cinéma au maximum avec tous les arguments qu’on peut avoir, nous, de vulgarisation dans le bon sens du terme. C'est-à-dire en fait de faire en sorte qu’on arrête d’avoir peur d’un certain type de cinéma juste parce qu’il est stigmatisé « Art et Essai », « intello/chiant » alors qu’on peut susciter de l’émotion chez tout le monde avec des images.

 

Pourquoi as-tu fait ce choix professionnellement ?

 

Je n’ai pas fait ce choix dans une logique de "pourquoi". On est plus dans un engrenage de hasards mais de hasards qui collent à ma personnalité à savoir : un croisement avec un peu d’indépendance intellectuelle, d’appétit pour un univers un petit plus bohême que la comptabilité ou le trading ou la bourse… Donc au départ au lycée je n’avais pas envie d’exercer dans les matières que je connaissais déjà, puis aussi d’une envie de cinéphage. Je ne dis pas cinéphile parce qu’entre 12 et 16 ans la découverte des films se fait plus identitairement qu’autre chose, à savoir: film de mafia ou autre genre parce qu’on est un enfant.

Donc choix de la fac parce que quand on me demandait ce que je faisais et que je répondais : « des études de cinéma », je trouvais que ça sonnait bien. Sauf que c’est quand même le grand choc quand tu passes d’une culture cinéphage à Eisenstein ou d’autres et que tu dois avec toute la passion que cela peut engendrer, te retoquer toute l’histoire du cinéma en un semestre alors que tu n’as pas les bases, ce qui est pareil pour tout le monde.

Et là, c’est de nouveau le gros choc à la fois historique et esthétique. Ça ouvre le champ des possibles de manière phénoménale. Tout à coup tu rattrapes tout les pays, toutes les époques et plus que ça...

Donc comme il y a chez moi une aisance pour « la plume » et en même temps une approche de la critique que j’avais notamment  développée sur autre chose, la musique ; j’ai commencé par faire de la critique professionnellement.

J’ai d’abord travaillé pour des sites internet puis pour « les cahiers du cinéma ». J’ai vu beaucoup, beaucoup de films pour suivre l’actualité et également des « ressorties » de chef d’œuvre du cinéma. Je voyais peut être 15 films par semaine dont 13 ne m’apportaient pas grand-chose. Mon sens critique s’est émoussé plus qu’il ne s’est développé. Pendant 2 ans je me suis un peu asséché, en plus, à une période ou « les cahiers du cinéma » vivaient une guerre interne entre différentes sensibilités. Il y avait des clans entre anciens et nouveaux puis des défenseurs d’un truc un peu clinquant, plus dans la mouvance des « inrocks ». Aujourd’hui d’ailleurs ce sont ceux qui dirigeaient « les cahiers du cinéma » qui dirigent les « inrocks ».

Les cahiers du cinéma se tournaient alors vers l’analyse de la télé réalité, les séries télévisées, une certaine idée de l’art contemporain et de la musique. Quelque chose de révolutionnaire avec tout ce que cela implique de sectarisme et de rupture forcenée avec la tradition. Comme je n’étais dans aucun des 2 clans, je ne gagnais sur aucun des 2 plans et cela mêlé à l’angoisse de la page blanche, en tout cas à la plume asséchée, j’ai dit "basta" au bout de 2 ans et suis parti vers d’autres choses parce que j’avais d’autres envies.

J’avais des envies d’édition et c’est un moment ou j’ai fait beaucoup de présentations en province puisque j’ai écris un livre sur Clint Eastwood ; on me demandait alors souvent d’intervenir sur ses films dans les salles. Et là je me suis dit que c’était peut être ça pour moi le vrai lien avec le public.

Quand tu écris, c’est très figé même si tu peux avoir beaucoup de lecteurs, il te manque la notion d’échange. En tout cas, c’était le cas pour moi avec le public.

Ce métier de critique ne collait pas totalement à ma personnalité. J’étais un peu jeune et ne voulait pas être broyé par le système qui veut que l’on couvre un maximum d’évènements pour avoir les plus gros textes. C’est un petit peu la bagarre. Je n’ai pas aimé la logique intriguante qui veut que plus un critique se rapproche de l’édito, plus il est « bon ». Donc, bras d’honneur à tout ça (rires) !

Par la suite j’ai eu l’occasion de reprendre la programmation et l’animation d’une petite salle de cinéma de 132 places. C’était d’ailleurs un lieu magnifique, une ancienne bergerie avec pierres apparentes qui avait été transformée en théâtre et cinéma. Je ne connaissais pas le métier. On m’a choisi pour mon c.v et c’est là que j’ai appris à le faire. Ça m’a beaucoup plus formé de travailler dans une salle rurale d’un canton de 8000 habitants plutôt que de travailler dans le 5ème arrondissement de Paris ou là il s’agit d’un travail tout autre. J’ai appris directement ce qu’était un public plus proche de moi, de mes racines que de l’intelligentsia parisienne.

Voila pour la première salle. Deuxième salle ensuite dans le 94 et ensuite 3ème salle au bout de 7 à 8 ans d’apprentissage du métier, ici à Chilly-Mazarin.

  

Qu’elle serait ta définition du cinéma ?

 

Le problème, c’est « les cinémas ». Donc basiquement le cinéma c’est des images qui défilent et que les gens regardent. On préférerait d’ailleurs que le public les regarde ensemble pour partager quelque chose mais les « cinémas », c’est encore autre chose parce qu’il y a beaucoup de formes de cinéma sans qu’il y est non plus de logique de dire : « ça c’est comme ça…c’est pas bien »…On peut trouver la qualité dans toutes les formes de cinéma. C’est comme pour tous les arts avec l’apparition du « genre ». Le cinéma de genre n’est pas un sous cinéma. On peut y trouver la qualité un petit peu partout. Il n’ ya pas pour moi le Cinéma mais les Cinémas et pas de logique de, « y’en a un qui est pourri et pas l’autre ». Maintenant c’est vrai que moi en tant que personne je vais plus vers des cinémas qui me touchent. C’est ça que je cherche sinon pour moi ce n’est pas du cinéma.

 

Le cinéma tu le regardes plutôt de l’intérieur ou de l’extérieur ?

 

De biais (rires !) Je suis totalement spectateur en fait. Je me place dans une lignée de cinéphiles ou d’analystes qui encourageaient, pour la première vision, à la pure réflexion. C’est aussi pour cela que je peux aimer les intrigues bien ficelées. Je laisse la chance à la mise en scène de me happer. Si tu as toujours un regard distancié, que tu observes chaque mouvement de caméra, tu perds la capacité d’être touché. Moi je réserve plutôt ça aux deuxièmes voir, troisièmes visions puisque quand j’écrivais sur des films il y avait toujours ces retours sur le film pour mieux comprendre les mécanismes de scénario. Mais là tu rentres déjà dans l’étude. Pour moi il faut donc dissocier sa première vision de ce qui suit. Mais moi j’aime être happé, il me faut ce rapport hypnotique en fait.

 

            Qui sont tes héros ?

 

Je ne suis pas trop dans une logique de héros en terme de fanatisme. Je suis plus dans une logique d’admiration pour des artistes. Et par rapport à ma position je suis admiratif de ceux qui ont pu me remuer avec une logique artistique ou avec une production singulière, qu’elle soit littéraire ou cinématographique. Donc oui, il y a certaines personnes…Forcément Clint Eastwood plus que de raison pour son classicisme et pour son histoire, sa personnalité kaléidoscopique. Puis Scorcese d’un point de vu purement cinématographique pour sa façon qu’il a de créer des édifices assez démentiels. J’aime bien aussi une certaine vague du cinéma asiatique qui a en gros une vingtaine d’années. Puis également les cinéastes coréens et l’arrivée de Wong Kar Waï à Hong Kong. Je connais très mal le cinéma africain et pour cause, il est très mal connu. Pas bien non plus le cinéma sud américain. Même s’il en existe une certaine émergence en ce moment, cela reste pour moi un épiphénomène. En France j’ai beaucoup de respect pour ce que fait en général Guediguian même si son cinéma pourrait être épuré de certains tics. Il a une vraie trajectoire. J’aime beaucoup également l’écriture d’Emmanuel Mouret. Je trouve ça super fin.

Puis d’un point de vu musical, je suis plutôt assez rock. J’aime bien Bashung et d’autres…En littérature j’ai un axe assez étrange : Diderot, Vian, Voltaire. J’ai aussi une grosse tendresse pour Hervé Bazin, puis Dino Buzzati, Puis Gracques. C’est pour moi une autre façon de capter le cinéma.

Si j’aime la poésie c’est plus par le biais des chanteurs, par exemple, Bashung deuxième époque et surtout Romain Humeau qui est extraordinaire. C’est le chanteur du groupe « Eiffel », j’adore, tout y est !

 

            En quoi pour toi le cinéma est il plus qu’un art ?

 

En rien ! C’est ni plus ni moins qu’un art avec ses qualités et ses défauts. L’artiste peut ne pas être à la hauteur, le récepteur peut non plus ne pas être à la hauteur pour le recevoir. Ce qui peut différencier le cinéma des autres arts, et encore ça devient le cas pour tous, c’est cette dimension de support à commerce. Rien de plus…rien de moins.

 

            Le cinéma populaire, c’est quoi pour toi ?

 

C’est "le mot" qui fait en sorte que je puisse passer du cinéma non populaire (rires)

Le cinéma populaire c’est bien parce que le peuple c’est bien (rires)

Mais comme pour la question de tout à l’heure il n’y a pas pour moi de notion de « c’est bien…c’est mal ». En ce qui me concerne je n’ai pas de définition à te donner. C’est juste qu’un large public se sente concerné.

 

            Tes plus beaux films ou les plus marquants pour toi ?

 

Je raisonne plus en termes de flash. J’ai un instant choc, un film que j’ai découvert à la télé à 7 ou 8 ans alors que je n’aurai pas du le voir, c’est « les dents de la mer ». Du coup je n’ai pas dormi de la nuit. Sacré flash, parce que "ce n’était pas bien". Ensuite c’est la découverte d’Indiana Jones au cinéma et là d’un seul coup c’est autre chose puisque c’était sur les champs Elysées dans une grande salle, sur grand écran…Après, c’est les Affranchis de Scorcese, sorte d’édifice avec 2 voix off, 6 époques, une galerie de personnages démentielle, une histoire qui n’en est pas une et un peu (beaucoup) de paranoïa.                                                                        Donc là aussi gros choc, cinématographique et historique. Autre choc « Un monde parfait » de Clint Eastwood. Pour moi, l’épure de ce que l’ont peut faire dans du cinéma populaire mais film beaucoup plus complexe que ce qu’il n’y parait. Puis Michka de Jean François Stevenin.parce qu’il a remué en moi la solidarité individualiste. Ce film dégage une humanité forte. C’est une extraction des problèmes de la société. C’est un peu une leçon de vie pour moi d’être entre les lignes. C’est un road movie et pour moi un road émouvant.

Depuis une dizaine d’années, je peine à me faire ouvrir le bide par un film. Ça vient peut être de moi plus que des films.

 

            As-tu envie de faire du cinéma ?

 

Je n’ai pas vraiment la patiente de créer un édifice pluridisciplinaire. J’ai un rapport à la production artistique beaucoup plus intime, d’où ...moi tout seul face à ma guitare ou face à une feuille.

Un film ça commence bien avant la première image et ça fini bien après la dernière et moi c’est un rapport que je n’ai pas avec l’œuvre d’art. Alors des projets hybrides, pourquoi pas ? Mais je n’ai jamais eu envie de faire du cinéma, même pas sur d’être un bon acteur. J’ai l’impression d’être un spectateur lambda, une mosaïque de plein de gens.

 

 

Là, je demande à Nicolas de me poser une question, c’est comme une petite habitude dans mes entretiens

 

           Fabien, dans un projet artistique fantasmé, tu agglomérerais qui ?

 

Si j’avais le choix absolu ce serait un projet de film avec Ahmad Jamal pour la musique, parce que j’aime sa façon de se remettre en question tout le temps à aujourd'hui 80 ans! Puis j’inviterai Edgar Morin et comme acteur je choisirai Thierry Fremont parce qu’il peut être aussi insignifiant que totalement génial (rires). Bref un truc de fou!!

 

 

 

Pour en savoir plus sur le cinéma Truffaut : http://www.cinetruffaut.fr/

 

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Clovis Simard 01/08/2012 14:01


Blog(fermaton.over-blog.com),No-7. -CASINOS-PSYCHOHISTOIRE.  Du hasard ?

moeb 10/09/2012 23:29



Merci de votre commentaire et de votre intérêt pour "mon blog". Une question au hasard : Avez un lien avec Natacha Simard?



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