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Le blog de Fabien Lizé

Le blog de Fabien Lizé

Page ou j'échange sur mes goûts dans différents domaines (Musique, Théâtre, Littérature) et où je m'entretiens avec certains artistes.


LISA CAT-BERRO : L'ENTRETIEN

Publié par moeb sur 19 Avril 2012, 20:49pm

Catégories : #culture

 

Il y a quelques jours j’ai rencontré Lisa Cat Berro, saxophoniste, dans un petit café parisien    « l’arrosoir », près de la gare de Lyon. Pour l’entretien nous sommes rapidement passés de l’extérieur du café (dommage il y avait 3 minutes de soleil) à l’intérieur, pour cause de marteau piqueur !

 

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Lisa, qu’est ce qui a déclenché ton envie d’être musicienne ?

 

La musique a toujours été présente dans ma famille. J’ai donc fait de la chorale avec ma mère et ma sœur quand j’étais petite. J’ai fait du violon aussi mais cela ne s’est pas très bien passé, c’était un peu dur! J’ai fait du piano également. C’était plus sympa ! J’aimais bien le côté : On se concentre, on travaille, un petit côté obsessionnel, répétitif. Je pense qu’il y avait là pour moi quelque chose de cadrant. Il y avait aussi la satisfaction du résultat, le challenge de satisfaire le prof. Honnêtement quand tu es petit, il y a ça aussi. Les profs de musique peuvent être aussi des points de repères. Il y avait aussi un côté scolaire qui a parfois du bon.

Pour ce qui est du saxophone, c’est vraiment un goût personnel. Je pense que c’est parce que mon père écoutait beaucoup de jazz et également beaucoup de saxophonistes. J’entendais Coltrane et Charlie Parker. Le son m’a plu.

Puis assez vite j’ai fait partie d’un groupe, une fanfare de rue, j’avais 14 ans. On sillonnait les routes en camion. J’ai aimé tout de suite la vie qui va avec la musique : les tournées, l’aventure, l’imprévu…Au lycée j’ai eu un prof qui était saxophoniste que j’aimais beaucoup et qui relevait des solos sur les disques. Puis également au lycée, j’ai vite compris que je ne voulais pas faire un métier qui me fasse entrer dans le « système » même si on y est toujours un peu (rires). Je ne pouvais pas m’imaginer dans une entreprise.

J’ai donc fait des études littéraires. Être universitaire ça pouvait être différent. J’imaginais faire de la recherche sur les langues mais ne pas faire quelque chose de « rentable ». J’avais envie de faire des choses essentielles pour moi. Je voulais faire des choses intellectuelles plus qu’utilitaires. Mais c’est quand même la musique qui a pris le dessus sur le reste. J’aime le coté monacal du travail de l’instrument, les gammes, tout ça…

Je ne veux pas dire que j’aurai pu être bonne sœur mais presque ! (rires)

J’ai toujours envie de faire des efforts, de travailler.

 

Il y a peu de femmes saxophonistes. A quoi attribues-tu cela, si toutefois tu en as une idée ?

 

Oui bien sûr que j’ai une idée. En fait c’est une question qui revient souvent. Mais elle n’est pas liée qu’à la musique. C’est un débat compliqué. C’est la même chose en politique : Pourquoi Ségolène n’a pas été élue en 2007, par exemple (rires). En fait je crois que c’est culturel.      Le jazz est une musique qui vient d’un milieu pas super adapté à une femme. Il y a bien eu des chanteuses au départ aussi mais cette musique vient des clubs ou ce n’était pas la place des femmes. Puis cette musique est quand même à la base assez virile. Mais bon... viril ça veut dire quoi en musique ? Puis vivre cette vie en tant que femme à cette époque là c’était compliqué mais les choses changent. Aujourd’hui nous sommes de plus en plus mais les femmes avaient tendance à vouloir assurer avant tout une vie de famille. Le problème n’est donc pas à mon avis musical mais plutôt sociétal.

Il existe encore certains fantasmes aujourd’hui autour de ça et quand une femme joue, les journalistes veulent nous faire dire qu’on veut prendre le pouvoir. C’est une représentation fausse ! A 14 ans quand j’ai commencé à jouer je ne pensais pas du tout à ça…

Mais j’ai été élevé dans une famille ou il n’y avait pas les activités « pour les filles » et celles     « pour les garçons ». Je faisais de la danse classique et mon père m’emmenait à la pêche.      Je me rends bien compte aujourd’hui qu’il ya encore du chemin à faire par rapport à ça…

 

Si tu n’étais pas musicienne, tu serais quoi ?

 

Comme j’ai fait des études littéraires et beaucoup de philo j’aurai pu être prof mais je n’en avais pas trop envie. Alors j’aurai pu être chercheuse sur les langues anciennes. J’aime beaucoup le langage en fait. Peut être photographe aussi. Mais avec mon métier aujourd’hui je me sens relativement à ma place en fait.

 

Qui sont les saxophonistes que tu écoutes et qui t’inspirent et plus globalement qui sont les musiciens dont le travail te semble essentiel?

 

Aujourd’hui j’écoute moins de saxophonistes qu’avant mais j’ai eu plus jeune une grande        « love affair » avec la musique de Canonball Adderley. Après dans les ténors j’ai beaucoup écouté Dexter Gordon puis Sonny Stitt, Art Pepper. Finalement, Charlie Parker plus tard mais parce que je l’avais eu dans l’oreille quand j’étais petite donc ça me paraissait peut être moins intéressant parce que c’était plus connu. Plus récemment je me suis intéressé à Lee Konitz. C’est marrant parce que je suis passé d’un truc très brillant d’artistes fougueux que sont Adderley et Stitt à quelque chose de plus « soft » alors que les gens me disent que j’ai du beaucoup écouter Desmond et Konitz, parce que j’ai un son semblable. En fait c’est presque l’inverse, petite je les écoutais peu. C’est plus austère moins facile d’accès. J’ai aussi adoré Stefano Di Batista. Je suis une grande fan. Je l’ai beaucoup vu en concert quand j’étais plus jeune et parfois on discutait. Il y a 6 mois j’étais justement à un de ces concert au Sunset et il m’a dit : « ça fait des années qu’on s’est pas vu, joue un morceau avec moi ce soir ». Alors c’est comme une espèce de boucle pour moi.

Mais le jazz new yorkais actuel je n’écoute pas trop en fait. Il n’ y a rien qui me bouleverse vraiment là. Par contre hier soir j’ai écouté le dernier album de Géraldine Laurent (saxophoniste également) et vraiment c’est super. C’est pour moi la grande révélation de ces dernières années.

Puis hors jazz j’ai une vraie passion pour Joni Mitchell, chanteuse géniale. J’aime ce qu’elle est et ses compositions. Quand j’ai découvert son univers, j’ai eu l’impression d’être raccordée à un truc essentiel. Ce n’est pas juste 3 accords folks basiques. Puis elle a des choses à dire. Moi je ne viens pas de la folk. Dylan tout ça…je ne connais pas bien en fait…Je découvre tout ça grâce à Joni Mitchell.

 

            Justement…te considères-tu comme une musicienne de jazz ?

 

Oui et non. Oui parce que je viens de cette musique là et que j’ai vraiment écouté ça et en même temps je ne suis pas une puriste. Je ne connais pas 1000 standards à fond. Je n’ai pas forcément envie de ne jouer que ça. Par contre quand j’ai l’occasion de le faire j’adore vraiment ça. Quand je joue avec Rhoda Scott je me sens directement raccordée à la source et c’est génial mais ce n'est pas forcement ce que j’ai envie de faire d’une manière personnelle tout le temps. Oui au fond je suis une musicienne de jazz mais avec plein d’envies, de folk, de pop…

 

            La composition ça t’apporte quoi dans ta pratique ?

 

Bon l’instrument c’est un mode d’expression génial dans l’instant mais pour moi la composition c’est l’endroit ou je peux m’exprimer au plus proche de ce que je suis d’une manière intime. C’est quelque chose d’assez magique parce que tu as une feuille blanche un piano et un crayon et à la fin tu peux avoir de la musique pour 15 musiciens. Pour moi c’est mystérieux et surprenant. Comme un enfant qui fait un dessin et qui dit : « regardez, c’est moi qui l’ai fait ». C’est une réalisation intime qui va de moi vers l’extérieur. C’est me reconnaitre et me faire reconnaitre. C’est génial pour se connaitre et se faire connaitre au monde, c’est hyper puissant. Par contre il y a un côté flippant : la page blanche, le fait que tu doutes. Puis au final quand j’écoute mon groupe je trouve ça bon. J’ai découvert ça un peu plus tard que la pratique instrumentale et ça me passionne toujours. Je crois que c’est aussi quelque chose qu’on ne peut pas m’enlever.

 

            Tu préfères travailler en tant qu’accompagnatrice ou « sidewoman » ?

 

Les 2 sont intéressants mais avoir mon projet et mes compositions c’est génial au niveau de la réalisation personnelle mais se mettre au service des autres, d’un collectif c’est également très agréable. Etre leader c’est également compliqué parce qu’il faut prendre toutes les décisions alors parfois c’est bien aussi de se « driver » par d’autres énergies.

 

            Comment tu travailles ton instrument?

 

Longtemps j’ai eu des choses très cadrées, c'est-à-dire assez scolaires, le son, les gammes, relever des solos, les travailler puis travailler sur des grilles. Je bossais 5 heures et j’aimais bien mais je ne peux pas toujours le faire alors aujourd’hui j’essaye de me faire plaisir avant les exercices. J’ai une vraie méthode mais parfois j’ai l’impression qu’il me manque une certaine spontanéité. Il y a des gens qui sont plus directement dans l’amusement que moi. J’ai besoin d’avoir bien travaillé avant. Je suis comme ça...

 

            As-tu des projets d’albums ?

 

Oui la je suis en plein dedans ! On a enregistré en janvier, là on va mixer bientôt et si tout va bien la date officiel de sortie sera le 15 novembre. L’enregistrement s’est fait à la Rochelle au théâtre de la Coursive. C’était un vrai plaisir. On a cherché un son et c’est proche du pop.           La on bosse sur la pochette, je cherche des concerts… le coté concret de l’album... mais ça demande de l’énergie. Le titre sera peut être « inside air »

 

Tu te dis quoi quand tu joues ?

 

Ça dépend et ça a changé! Avant j’étais vraiment dans le contrôle, le bon son, les bonnes notes. Puis plus ça va plus je me détache de tout ça pour écouter ce qui se passe autour pour être dans un jeu, dans l’interaction. Je me cramponne moins à la grille (rires). Pendant que je joue je comprends des trucs. C’est drôle, ça évolue tout le temps. Puis maintenant j’aime bien jouer pour les autres. Ça change tout. J’ai fait ça pour Rhoda. J’ai composé pour elle. A "jazz à Vienne" j’avais l’impression de jouer pour l’univers (rires). Je me détache des difficultés de l’instrument. Mais aujourd’hui je me sens vraiment à l’aise avec mon son. J’évite la focalisation externe. Je pense à une dimension supérieure.

 

Là je demande à Lisa de me poser une question, petit rituel dans mes entretiens

 

Quelle est pour toi la place d’un artiste dans la société?

  

J’ai 4 heures devant moi (rires) ? L’artiste a pour moi une place essentielle dans nos vies mais aujourd’hui pour moi ce mot est galvaudé. L’artiste est quelqu’un qui cherche l’essentiel de l’humain, l’essentiel de quelque chose de spirituel. C’est quelqu’un qui dit les choses différemment. C’est singulier un artiste mais ça ne se déclare pas ! Puis c’est quelqu’un qui souhaite faire partager de l’émotionnel. Socialement il sera écrivain, poète, acteur, jongleur, musicien... mais pour moi c’est pareil!

 

 

 

 

 

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usher arsène T. 17/08/2012 09:34


Transmettre mes félicitations à cette jeune et prometteuse musicienne, Lisa Cat-Berro, que j'aimerai jusqu'à ce que le souffle vienne à me maquer...

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