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Le blog de Fabien Lizé

Le blog de Fabien Lizé

Page ou j'échange sur mes goûts dans différents domaines (Musique, Théâtre, Littérature) et où je m'entretiens avec certains artistes.


ANNE CANTINEAU : L'ENTRETIEN

Publié par moeb sur 3 Octobre 2011, 15:26pm

Catégories : #culture

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Tout a commencé ce matin par un échange de SMS.

 

Moi : Désolé je vais être en retard…bouchon sur l’autoroute.

Anne : Pas grave…moi aussi ! Je me suis blessée au pied. Mais je peux marcher. J’arriverai vers 10h30 je pense.

Moi : Ok, le premier arrivé attends l’autre J

 

 

Nous nous sommes donc retrouvés un peu après 10h30 « Chez Prosper », bistrot parisien du 11ème arrondissement (voir la photo)

 

 

Anne, ton métier de comédienne, c’est vraiment un choix ou tu voulais faire autre chose?

 

Anne : Ah non ! Je ne voulais pas faire autre chose. En fait j’ai pas vraiment choisi. J’ai fait du théâtre très tôt au collège. J’étais contente, ça se passait « hyper bien ». Par la suite j’ai continué dans des cours de théâtre. Ensuite nous avons déménagé à Strasbourg avec ma famille et là il y a eu le TNS (Ecole du théâtre national de Strasbourg). En fait j’ai vraiment pensé que c’était possible à partir de la seconde, c’était clair, c’était ça ! Mais j’ai quand même fait une fac de lettres. Donc tu vois j’ai pas choisi.

 

Moi : Parfois c’est moins évident !

 

Anne : Oui, oui bien sur, il y a parfois des gens qui changent de parcours. Par exemple au TNS il y avait un gars qui avant, avait fait l’Ecole Centrale. Il était ingénieur et il a tout arrêté.        Un autre aussi était instituteur. En tout cas pour moi le "choix" s’est fait rapidement. En même temps non, plutôt lentement mais avec toujours la même conviction. En fait c’était une flemme aussi ! Ça se passait bien alors je me disais, je vais faire ça…

 

Moi : Pas sur que ce soit une flemme !

 

Anne : Non mais je veux dire que c’était simple. En même temps j’aurai raté l’école du TNS ça aurait été plus compliqué. Après je pensais venir à Paris.

 

Moi : Ah oui le TNS…C’est avec cette  école que je t’ai vu la première fois dans le film de Pascale Ferrand « l’âge des possibles », j’avais beaucoup aimé ton rôle dans cette œuvre.

 

Anne : Oui ce film avait « vachement » marqué les gens.

 

Moi : Après j’ai vu d’autres spectacles de toi notamment « Entre les gouttes »

 

Anne : Ah oui, tu l’as vu au café « l’ogre à plumes ». Bah tu vois ça me fait plus plaisir que      « l’âge des possibles ». Beaucoup plus de gens ont vu ce film plutôt que mes propres créations et ça me touche vraiment.

 

Moi : Alors ça va me permettre d’enchainer sur la 2ème question puisque dans « entre les gouttes », tu chantes.

 

Pour  toi le chant, c’est quoi dans ta pratique ?

 

Anne : Le chant c’est un truc que j’ai découvert au TNS avec une super prof. Je chantais déjà comme ça pour moi, puis par la suite j’ai  continué à travailler ma voix. Pour moi le chant c’est essentiel. En fait c’est pas plus important au quotidien que ma pratique de comédienne au cinéma ou au théâtre. Mais c'est ,intérieurement, juste plus essentiel que de jouer la comédie. C’est pas de la décoration, pas du décor, c’est de la joie…de la joie qui est sollicitée, convoquée, même si je dis parfois des choses tristes. C’est quelque chose qui « ne passe pas du tout par la tête », même si je travaille vraiment mes textes. Des textes ni tristes, ni gais. Il y a beaucoup de mélancolie souvent…En tout cas j’ai envie que ce ne sois pas une parole trop     « mentale » et que cela passe par d’autres voix, c’est le cas de le dire.

Et donc effectivement il y a eu ce spectacle « Entre les gouttes », 1 autre avant, puis 2 après. Là je suis en train de m’intéresser à des textes sur la voix…Je continu !!

 

Qu’est ce que tu n’aimerais pas jouer et pourquoi ?

 

Je n’en sais rien en fait, je ne suis pas sur qu’il y a des rôles que je n’ai pas envie de jouer.    En fait ce n’est pas tellement ce que je n’aimerai pas jouer mais plutôt, dans quoi.                  Je n’aimerai pas jouer des rôles de femmes dans des contextes mortifères, c'est-à-dire qui te tirent, et tirent le spectateur vers le bas, vers une certaine violence. Par exemple l’année dernière un metteur scène m’a proposé un travail sur un texte de Koffi Kwahulé (Misterioso 119). Il s’agissait de monologues de femmes qui sortaient de prison. Elles avaient vécu des trucs atroces. J’ai lu le texte, peut être que ça pouvait être très bien…mais pas pour moi.        Il y avait là quelque chose de trop destructeur.

 

Moi : tu as un besoin de légèreté ?

 

Anne : Bah pas forcement…tu vois j’aime bien aussi les choses tristes, le romantisme, j’aime bien pleurer en écoutant Barbara. Il y a des choses qui peuvent être très tristes mais pas complaisantes. J’ai pas forcement besoin de légèreté tout le temps parce que de toute façon c’est pas possible puis ça n’existe pas puis c’est pas vrai. Moi le coté : hop hop hop, tout ça, léger tout le temps, ça va bien 5 minutes. Les gens qui sont tout le temps bout en train c’est pas mon rapport au monde. Je préfère les gens discrets, « pinces sans rire ». Mais aller chercher de la légèreté dans des choses profondes c’est bien.

Je me dis par exemple, pour moi, que quand je vais voir des spectacles ou au cinéma,  il faut que je sente que ça m’intéresse de vivre, au final.

Par exemple tu vois je viens d’aller voir le film « Melancholia » de Lars VON TRIER, j’ai envie de lui dire oui ok c’est beau mais c’est torturé, fou nous la paix quoi…ça me fait du mal. Je préfère Terence Malik.

Donc du coup je me suis dit que travailler sur ce texte (Misterioso..) me ferait trop de mal.                    Il faut être dans une démarche particulière qui ne m’intéresse pas.

 

Comment est ce que tu sais si tu es vraiment entré dans un rôle ?

 

Bah je ne sais pas. Puis surtout je pense que tout le monde peut le faire. Je pense que je ne suis pas une mauvaise comédienne, je pense que je ne suis pas une comédienne géniale. Je suis une bonne comédienne normale et pour moi c’est la moindre des choses de bien faire son boulot. En même temps j’ai pas encore vécu de rôles ou je doive franchement me dépasser. J’espère que ça viendra. C’est d’ailleurs pour ça que je monte mes spectacles. En fait, on n’a jamais fini de rentrer dans un rôle puis pour moi il n’y a pas de vérité.

C’est comme une identité, tu peux croire que tu es « comme ça » pendant un mois et puis après, être autrement.

J’ai joué par exemple avec Michel Bouquet (Il jouait le rôle de Mitterrand) dans « Le promeneur du champ de mars » bah tu vois je ne suis pas sur qu’il est rencontré le rôle. En fait c’est les autres qui te le disent. En fait ce qui m’intéresse par rapport à un rôle c’est pas tellement de le trouver mais de le travailler. C’est le processus ! L’autre jour je pensais à ça, à Picasso qui disait « je ne cherche pas je trouve » bah moi ça m’intéresse pas de trouver. Moi je ne suis pas un génie. Ça m’intéresse de chercher.

 

            Le stress pour toi c’est quand et pourquoi ?

 

Bah je sais pas trop. Pourquoi ? Si…parce que j’ai peur de mourir. Peur de mourir devant les gens. Parfois j’ai pas du tout le trac. Parfois je l’ai longtemps avant. Mais c’est quand je chante qu’il est le plus fort. Maintenant je prends de l’homéopathie parce que sinon je ne peux pas. Parfois j’ai des trous de mémoire (Rires) En fait plus ça va plus j’ai le trac. Par contre c’est vrai qu’avant j’avais le trac longtemps à l’avance, quand je me préparai, j’avais peur. Aujourd’hui c’est plus ramassé dans le temps. Mais quand ça m’arrive ça peut durer « tout le temps » alors qu’avant ça partait.

 

            Ton métier, qu’est ce qu’il t’apporte ?

 

Là Anne commande un autre café

 

Tu en veux un ?

 

Moi : oui je veux bien.

 

Anne : t’as vu comme j’ai botté en touche !

 

Moi : c’est aussi pour ça que j’aime bien poser mes questions en direct mais tu peux ne pas répondre !

 

Anne : si…Je pense que ma rencontre avec ce métier n’est pas un hasard ! Alors en fait si je répondais vraiment à cette question je crois que je figerais quelque chose que je n’ai pas envie de figer. Je ne sais pas si ce métier m’apporte quelque chose. Je n’ai pas d’efforts à faire…

J’avais les compétences en moi en fait…Alors oui, quand même, je fais des efforts pour les rôles, j’apprends les textes mais c’est pas vraiment ça en fait…Oui cette question je préfère la garder en moi. Mais je vais y réfléchir et j’y répondrais peut être plus tard…

           

Le théâtre, qu’est ce que cela n’est pas pour toi ?

 

Le théâtre c’est pas de la niniotte (Rires), c’est pas du commerce, c’est pas de tout repos, c’est pas du « prêt à mâcher », voila pour avoir le sens de la formule ! Ce n’est pas non plus une façon de prendre le pouvoir. Je veux dire quand le théâtre prends le pouvoir intellectuellement, politiquement. Par contre il est important que le public sorte différent de quand il est entré "voir" ! C’est donner du plaisir. Mais nous ne sommes pas non plus là pour dire aux gens : « ce que tu fais c’est pas bien…nous on a compris… » Je dis ça parce que parfois il y a des spectacles comme ça ou le metteur en scène ou les comédiens donnent l’impression d’avoir la science infuse. Le théâtre c’est pas fait pour être prétentieux !

 

            Est-ce que tu as des petits rites, des habitudes avant d’entrer en scène ?

 

Bah là j’ai commencé à être un peu accro à l’homéopathie. A part ça non...Ah si j’aime bien dire « merde » aux copains avant le début d’une pièce...Mais sur la dernière pièce je leur disais ça tout les soirs et ils ont fini par en avoir marre alors j’ai arreté. C’est la première fois que je rencontre des comédiens comme ça (Rires). Sinon pour les concerts je prends des trucs pour la gorge…Je suis un petit peu psychotique de la voix. Oui parce qu’en général quand je chante, à peu près 1 mois avant je commence à ne plus avoir de voix.

 

            Ta plus grande émotion de spectatrice c’est quoi ?

 

C’est « l’Indiade ou l’Inde de leurs rêves » d’Ariane Mnouchkine en 1987. J’habitais à Rennes et on avait fait un voyage avec l’atelier de théâtre auquel j’étais inscrit pour venir voir cette pièce. Ça m’a scotché. Je croyais devenir dingue de joie en voyant cette pièce. L’histoire de Gandhi….tout ça c’était magnifique !! Avant ça j’avais aussi beaucoup aimé Cyrano de Bergerac joué par Jean Claude Drouot à Rennes ou j’étais allé avec ma mère. J’avais 15 ans peut être ? J’aimerai bien d’ailleurs jouer Cyrano, comme on a pu distribuer Sarah Bernhardt dans l’Aiglon. C’est un peu un fantasme de comédienne pour moi.

Il y eu aussi une pièce (plus récente) sur « les souffrances de Job » ou j’ai eu l’impression dans la lumière finale de la mise en scène de comprendre tout le sens profond de ce texte «religieux».

 

 

            Aujourd’hui ta plus grande aventure théâtrale c’est quoi ?

 

C’est la compagnie que j’ai crée: la « Dévorêveuse ». Puis ces gens qui travaillent avec moi. C’est assez incroyable pour moi de proposer des choses et que les gens veuillent travailler avec moi. Les conditions sont modestes alors je trouve ça encore plus beau. C’est un truc de fou. Réaliser ce qu’on a dans la tête et que ça touche les gens, ça me touche à chaque fois.            Ce que m’enseigne l’engagement des autres à travailler avec moi c’est qu’ils ne font pas ça pour me faire plaisir mais réellement parce qu’ils trouvent cela intéressant.

Tu sais tu as toujours la crainte que tu ne vas intéresser personne.

 

 

 

Comme lors de chaque entretien, je demande à Anne de me poser une question histoire d’aller un peu plus loin dans l’échange.

 

Alors voici la question de Anne :

 

            T’es qui toi…Pourquoi tu me parle (Rires) ?

 

Anne : oui en fait ce que je veux dire c’est comment tu interroges les gens et qui ? Il pourrait être intéressant aussi d’interroger des gens qui sont plus éloignés de toi .

 

Moi : oui c’est possible en même temps ce que je veux c’est faire entendre certaines sensibilités, certains point de vus. Mais oui peut être que je pourrais interroger des gens très éloignés. Mais si ça se trouve dans les réponses aux questions que certaines personnes font je trouve peut être qu’elles ne sont pas si proches que ça de ce que je pense (ires)

 

 

Je demande aussi aux personnes intérrogées si elles souhaitent mettre un lien alors voila…

http://www.myspace.com/annecantineau

 

Commenter cet article

Cantineau 10/10/2011 14:12



Pardon je me présente : je suis Anne Cantineau herself !


Autre chose, si je puis me permettre, ce qui m'a touchée dans le spectacle sur Job, qui remonte à très loin, ce ,'est pas quelque chose de religieux, c'est quelque chose de théâtral, un souffle
théâtral. Je le précise car je ne voudrais pas passer pour la mystique que je ne suis pas complètement !


Par ailleurs c'est vrai que plus de gens ont vu "L'âge des Possibles "que les spectacles de ma Compagnie, c'est pas diffcile, mais je n'ai rien contre ceux qui me parlent du film, quand
même ! Je suis très touchée de toute façon par les gens quels qu'ils soient qui prennent la peine de me parler de mon travail quand ils l'ont vu, quel qu'il soit.


Je me permets de compléter cet article car après tout, c'est à ça que ça sert internet !


Merci beaucoup !


Anne.



Cantineau 10/10/2011 14:05



Bonjour,


je tiens quand même à préciser que je ne crois pas avoir dit que Michel Bouquet n'avait pas rencontré le rôle, mais plutôt l'avait rencontré finalement !Un peu le contraire quoi ! Je pense que
tout un chacun, en voyant Bouquet ne peut que se dire ça ? Ce qui est beau chez Bouquet, c'est qu'il est toujours dans le travail, pas dans le résultat. Jepense que c'est ça que j'ai voulu dire,
et qui me passionne chez lui.


 



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