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Le blog de Fabien Lizé

Le blog de Fabien Lizé

Page ou j'échange sur mes goûts dans différents domaines (Musique, Théâtre, Littérature) et où je m'entretiens avec certains artistes.


AGNES V.

Publié par Le BLOG de Fabien LIZE sur 23 Janvier 2015, 00:15am

Catégories : #culture

AGNES V.

C'est l'été, le temps est chaud et agréable. Comme je le fais de temps en temps quand je vais à Paris, je traverse la rue Daguerre. C'est une rue animée et commerçante du 14 ème arrondissement, entre ambiance populaire et sous certains aspects, un peu "bourgeoise". Plutôt que "bourgeoise", je devrais dire "bobo" mais ce mot n'a pas de sens pour moi ou plutôt si mais trop. Il n'exprime pas la même réalité pour chacun...bref...

Je suis donc là, dans cette rue Daguerre mais je n'y passe pas tout à fait sans but précis. Si vous êtes lecteur de ce blog, vous le savez, j'aime m'entretenir avec certains artistes. Donc, ce jour là, c'est un peu au culot que je souhaite rencontrer Agnès V.

Agnès V. est née en 1928, elle fait des films et s'intéresse de très près à l'Art contemporain. Elle vient d'ailleurs au moment où je passe dans cette rue de coproduire une version DVD d'une série d'entretiens qu'elle a réalisé pour la chaîne Arte et pour laquelle, elle a voyagé à travers le monde à la rencontre d'amis artistes, dans des lieux d'expos, des musées, chez eux, dans la rue...Agnès V. est une globe-trotteuse de plus de 80 ans. Oui, elle n' a plus de temps à perdre. D'ailleurs elle n'en a jamais eu.

Ah! Je suis proche de l'endroit où je pourrai, peut être, la rencontrer? La grande dame a en effet une petite boutique "Cinétamaris" où elle travaille sur ses films et vend avec famille et proches; les DVD, livres, affiches des films qu'elle vient de terminer ou ceux plus anciens. Puis parfois aussi ceux de son mari.

Si je vous dit : "Les demoiselles de Rochefort", "Les parapluies de Cherbourg", je suis sur que cela vous parle! Oui, le mari d'Agnès V. c'était Jacques Demy. Il reste pour toujours son homme, son double de cinéma, sa liberté de ton et d'expression. Il est avec elle mais j'y reviendrai.

Je passe devant le numéro de la boutique et là, je manque de me faire éclabousser. Une petite dame, un mug à la main, s’excuse. Elle vidait sa tasse remplie de trop d'eau, au soleil, sur le trottoir. Elle sourit franchement. Je me lance. Je lui dit que je ne passais pas par là par hasard et que je souhaite savoir si elle a un peu de temps a m'accorder. Elle me répond que oui et s'excuse, en souriant encore, de son accueil un peu "brutal".

L'échange se fait simplement.Je m'étonne. Je suis touché. Je trouve cette dame adorable, prévenante, et en même temps, derrière ses mots, je sens un caractère fort, affirmé, des convictions. Elle me parle de tout, de rien mais m'informe rapidement qu'elle ne se prêtera pas à un "entretien chronologique". Elle préfère un "bavardage" plus informel. Elle m'explique alors pourquoi, presque gênée. Elle est née en 1928! Beaucoup de ses proches sont aujourd'hui décédés et notamment Jacques Demy. Ne pas, à son âge, raconter son parcours artistique sous la forme de "passages obligés" lui rappelant qu'elle a perdu ses amis: Vilar, Noiret, Gerard Philippe, son mari et quelques autres, lui permet de continuer à créer encore sans éprouver trop de tristesse. Au moment ou je la rencontre, elle revient tout de même sur la mort récente de son ami Chris Marker (Christian Bouche-Villeneuve). Le réalisateur vient de mourir ce 29 juillet 2012 (il était né en 1921) et le journal Libération a titré " Chris Marker s’efface"! Agnès est affectée par la perte du cinéaste. Elle reprend le cours de la conversation et me parle de ses débuts de photographe auprès de Jean Vilar lors de la création du TNP (Théâtre National Populaire). Au début des années 50 elle était amis avec ses fils et était apprentis photographe. Lui? lançait le Festival d'Avignon et cherchait quelqu'un pour imager ses premiers entretiens et proposer des photos à la presse. Tout a commencé comme cela pour Agnès. En 1954 elle fait son premier film avec Noiret (rencontré chez Vilar), c'est "La Pointe courte" et depuis elle continue. Son cinéma est engagé, parfois féministe, tendre, drôle, libre. Elle a fait de vrais films de fiction et également beaucoup de documentaires. En 2008 avec "Les plages d'Agnès", elle s'offre le luxe à 80 ans de mélanger les genres. Elle y fait une autobiographie qui pourrait être un magnifique documentaire mais ou elle se film avec comme fil conducteur, les plages. Sur ses plages, elle dépose des moments de vie et a travaillé sa mise en scène comme une oeuvre d'art contemporaine. C'est également un film intime ou l'on y voit Mathieu (son fils), Rosalie (sa fille), sa belle fille et ses petits enfants. Chez les Varda le cinéma n'est pas prêt de s'interrompre. sa fille et son fils font partie du métier comme leur père. Elle est fière de cela. Elle me dit tout de même en passant qu'elle pense que "les plages d'Agnès" sera son dernier grand film. Coquetterie? Puis elle enchaîne rapidement sur le fait qu'elle a adoré son dernier "travail" diffusé par Arte. "J'ai beaucoup voyagé pour cette série. Là je me sens fatiguée mais ces rencontres avec des créateurs ça me permets de croire en la Vie". Celle qui prononce cette phrase avait tout de même dans les années 60, le grand Jim Morrisson comme ami. Oui, le leader des Doors était un ami de Varda et Demy, rencontré aux Etats Unis lors d'un festival de cinéma. Ce n'est pas pour rien qu'aujourd'hui ses petits enfants la surnomme "Mamita Punk".Sa liberté impose le respect. Nous évoquons aussi quelques uns de ces grands films et je prend conscience que j'aime le travail d'Agnès depuis que je suis adolescent. Oui, c'est à elle que nous devons d'avoir découvert Sandrine Bonnaire dans "Sans toi ni loi" en 1985. Puis j'avais été très touché par son film "Jacquot de Nantes" en 1991 ou elle retraçait l'enfance et la carrière de son mari Jacques Demy. Il y a un film aussi un peu loufoque d'elle que j'aime beaucoup c'est "Les 100 ans de monsieur Simon Cinéma". Piccoli est génial dans ce rôle fou ou son personnage est un vieillard qui raconte sa vie mais qui en fait est celle du cinéma. Il personnifie le cinéma. Quelque part... Agnès c'est un peu ça tant son oeuvre est en étroite relation avec sa vie. Elle filme comme elle vit. Pas de posture chez elle...Son oeuvre est un témoignage gourmand de la vie d'une femme. Merci madame Varda!

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electricien paris 15 31/01/2015 11:49

J'apprécie votre blog , je me permet donc de poser un lien vers le mien .. n'hésitez pas à le visiter.
Cordialement

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