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Le blog de Fabien Lizé

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Page ou j'échange sur mes goûts dans différents domaines (Musique, Théâtre, Littérature) et où je m'entretiens avec certains artistes.


MANU DIBANGO : L'ENTRETIEN

Publié par Le BLOG de Fabien LIZE sur 3 Février 2014, 21:59pm

Catégories : #culture

MANU DIBANGO : L'ENTRETIEN

Rencontrer Manu DIBANGO, c'est une chance. Une chance parce que c'est un homme vivant qui aime aujourd'hui et hier. C'est ce qui fait la richesse de sa musique. Certaines traditions d'un coté et les musiques actuelles de l'autre. Puis l'homme est simple drôle et direct. Je l'ai donc rencontré le samedi premier février avant un concert qu'il donnait à Chilly-Mazarin. Vous retrouverez sa simplicité dans l'échange qui suit....

- Manu, il y a quelques minutes je vous entendais jouer du piano. Je sais aussi que vous êtes vibraphoniste. Auriez-vous aimé faire une carrière de pianiste?

- Mais j'ai fait ça dans le temps. J'ai été pianiste de rock pour Dick RIVERS et également organiste pour Nino FERRER, pendant 4 ans. En fait j'ai commencé par le piano. Mais il est évident qu'en jouant de plusieurs instruments tu avais plus de chance d'avoir du boulot! Le saxophone est arrivé après dans ma vie. Quant à la carrière de pianiste...Je ne sais pas? Mais oui comme je le disais j'ai été accompagnateur longtemps. Le saxo...j'ai commencé à en jouer plus tard dans les "big band" et différents types d'orchestres.

- Votre musique résonne de cultures différentes! Vous vous situez où par rapport à ces mélanges musicaux?

- (Rires) Moi vous savez, je suis un grand mélangeur. La vie à fait de nous des gens hybrides, en fait! Nous sommes donc comme ça : ni l'un, ni l'autre mais parfois le tout en même temps, je crois. Donc pour moi le mot hybride est le mieux. Mais bon cela dit on a forcément la culture d'origine, plus le fait que nous avons été colonisé. Cela fait déjà une double culture. Puis il y a les amours qui sont américains ou sud américains. Après il faut mélanger tout cela mais ne pas en faire un simple collage. Ce sont des données que vous avez au départ. Après c'était à moi d'en faire un langage personnel.

- Quand vous avez commencé à jouer professionnellement, à la fin des années 50, qui étaient les musiciens que vous aimiez?

- A cette époque là, les musiciens qu'on aimait beaucoup, pour ceux qui aimaient la musique, étaient plutôt noirs américains puisqu' il n' y avait pas encore, entre parenthèse, les ou la soit disant musique africaine, dans ces années là. En fait il n' y avait pas de vie africaine, de travailleurs africains, sauf pour ceux qui avaient été tirailleurs. Alors les jeunes, dont moi (rires) on s'identifiait aux noirs américains que l'on voyait partout. Aussi bien pour la musique que pour le sport! Par exemple, les Harlem Globe-trotters pour le basket, Ray Sugar ROBINSON pour la boxe et les ARMSTRONG, Count BASIE, ELLINGTON et autres pour la musique. La vie de Saint Germain de Près, en fait. Puis il y avait aussi Boris VIAN qui écrivait des Chroniques de jazz pour le magazine "Jazz Hot". Il jouait également de la trompette. C'était la bonne époque pour nous en fait. L'histoire, c'était d'écouter ce qui venait des Etats Unis. Puis il y avait aussi la musique cubaine et antillaise. On écoutait par exemple Perez PRADO (1916-1989) ou Xavier CUGAT (1900-1990). Parmi les musiciens de cette époque, certains sont restés en France, comme Ernest Tito PUENTE. Il est toujours là d'ailleurs. Puis il y avait aussi "BOMBON", Emilio BOZA, qui a par la suite joué avec Cloclo (Claude François). Donc oui, quelques uns sont restés. Leur musique m'interpellait comme la musique brésilienne et également la biguine. Des musiques de caractère!...Les antillais avait un bal nègre, rue Blomet à Paris dans le 15 ème arrondissement.

- Vous êtes un voyageur! Mais pour vous le lieu de vie idéal, c'est où?

- En tant que musicien il y a toujours plusieurs endroits où l'on se sent bien mais en réalité je suis plutôt comme la tortue avec ma maison sur le dos (rires). Mais j'ai envie de vous répondre: là où on vous aime et où les gens vous invite. Il y a donc des pays ou je me sens à l'aise et d'autres vers lesquels je me sens moins attiré. Puis il y a aussi des pays où je ne souhaite pas aller. Mais par pudeur je ne souhaite pas les citer!

- Quand on vous demande dans quel style vous jouez, vous répondez quoi?

- Bien je dirais que j'ai mon propre style. Cela m' a pris des années! J'ai fait du cabaret, j'ai fait des bals, j'ai été accompagnateur et comme j'aime aussi créer des arrangements, j'ai crée mon truc à moi. Mais c'est forcément un mélange de tout ça. Comme je le disais tout à l'heure, chacun son style! Alors moi ce n'est pas du jazz, ce n'est pas non plus du makossa. Modestement mais réellement je dirais que c'est du Manu (rires).

- Cela fait plus de 50 ans que vous jouez! Qu'est ce qui fait qu'aujourd'hui vous êtes toujours passionné par votre métier?

- J'ai 80 ans cette année mais je crois que ce n'est pas un métier ou il peut y avoir une retraite. Tant que les organes fonctionnent il faut jouer. La pêche à la ligne ce n'est pas pour moi (rires). Puis surtout tant que le téléphone sonne et que je peux le faire...Mais j'ai vraiment de la chance. Il y a des gens beaucoup plus doués que moi qui ne sont pas arrivés jusque là, pour des raisons de santé. Je le répète, c'est une grande chance. L'envie elle est toujours là je pense, mais parfois les circonstances peuvent faire que vous ne puissiez pas, ça arrive! Pour moi, j'espère le plus tard possible parce que j'aime ça et que je ne vois pas ce que je pourrai faire d'autre. Bon il y a aussi la radio et la télévision où je présente des émissions qui m'occupent un peu mais j'aime jouer avec un orchestre. C'est ma vie! Puis le jour ou viendra le mot "Fin", on en parlera plus. De toute façon je ne serai pas là pour le voir (rires).

- Est ce qu'il y a aujourd'hui des musiciens avec lesquels vous avez envie de jouer?

- Oui il y a des gens gens connus et d'autres moins connus que l'on découvre comme ça, au fur et à mesure des festivals, des tournées. Vous rencontrez des gens et vous vous dites que vous ne les connaissiez pas et que vous auriez envie de jouer avec eux. Il m'est arrivé d'ailleurs de jouer avec des musiciens et d'interpréter une musique que j'aimais mais que je n'aurais jamais eu l'occasion de jouer si je ne les avait pas rencontré. J'ai joué avec Ellades Ochoa et son groupe "cuarteto partita", des cubains. Je les ai rencontrés à Albi. Il y avait un festival dont j'étais le parrain et ils jouaient là. Ils jouaient une musique qu'écoutaient mes parents. Une musique de la campagne que j'adorais. Mais cette musique tu ne peux pas la jouer avec des musiciens "des villes". C'est comme la banane qui tombe de l'arbre, ça se consomme tout de suite. Là c'était pareil. Les mecs étaient là et il fallait que je me pose sur eux, si je voulais jouer cette musique avec cet ensemble. J'ai alors tout fait pour que ce groupe reste 10 jours en France. J'ai réussi et on a pu enregistrer un disque. Après, ils sont partis sur le "Buena Vista Social Club" mais j'ai joué avec eux avant la période du "Buena Vista". Il y a toujours des choses à découvrir. Certains musiciens aussi sont partis trop tôt pour que je joue avec eux! Mais la musique c'est également une histoire de curiosité et de disponibilité.

- Par rapport à la composition, vous vous fixez des règles de travail ou cela vient plus spontanément et vous réécrivez ensuite?

- Je pense que l'inspiration on ne sait pas trop à quel moment elle se présentera. En fait, vous êtes plutôt capteur de quelque chose. L'idée, elle ne vous appartient pas, elle arrive sur vous. C'est quand elle est là que votre "savoir faire" fait que vous pouvez présenter cela sous une forme particulière. Du coup je ne crois pas réellement connaitre un artiste qui soit totalement satisfait de sa musique. Entre ce que tu entends et ce que tu sors, il y a toujours une différence mais bon...(rires)

- Je sais que vous avez également joué avec Serge Gainsbourg. Était-ce particulier pour vous?

- Oui. Il n'existe pas d'enregistrements mais j'ai fait une tournée avec lui. Sinon on a souvent joué ensemble à Saint Germain des Près. C'est une chance de rencontrer ce genre de personnage dans sa vie. Alors justement , on aime ou pas le personnage mais je peux vous dire que c'était un artiste à 100%!!

C'est au tour de manu DIBANGO de me poser sa question. Mais avant il souhaitait revenir sur un point.

- Vous m'avez dit tout à l'heure que vous travailliez dans le secteur social. Je veux juste vous dire bravo pour ça. Il faut aider je crois! Il y a point qui me gène. Je crois qu'on a trop idéalisé la construction en France. Du coup il y a aujourd'hui bien trop de bureaux vides. qui pourraient servir à autre chose. Mais là n'est pas ma question (rires).

Etes vous musicien vous même?

- J'essaye de l'être en tout cas. Oui je chante et j'aime surtout le jazz!

- Bon bah c'est parfait ça! merci à vous et à tout à l'heure pour le concert....

Je voudrais pour ma part remercier Amandine et Dorothée pour avoir rendu possible cet entretien et pour sa mise en image.

Crédit photo : Ville de Chilly-Mazarin
Crédit photo : Ville de Chilly-Mazarin
Crédit photo : Ville de Chilly-Mazarin

Crédit photo : Ville de Chilly-Mazarin

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