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Le blog de Fabien Lizé

Le blog de Fabien Lizé

Page ou j'échange sur mes goûts dans différents domaines (Musique, Théâtre, Littérature) et où je m'entretiens avec certains artistes.


JANE SCHINASI ET LEA DURANT : L'ENTRETIEN

Publié par Le BLOG de Fabien LIZE sur 6 Décembre 2013, 22:35pm

Catégories : #culture

JANE SCHINASI ET LEA DURANT : L'ENTRETIEN

Jane, c’est « la blonde qui veut sauver le monde » et Léa, sa proche amie et coréalisatrice qui l’aide et vit le projet avec elle! Là vous vous dites : « qu’est ce qu’il dit Fabien ? » Non, pas de panique je ne suis pas devenu fou. Je voulais entendre la parole de ces deux femmes qui travaillent en ce moment sur une série documentaire. Celle ci propose de mettre en avant des associations, des gens, qui aident le monde là ou il a mal et là ou il va mal. En tout cas, là où il a besoin d’aller mieux. Le titre de cette série documentaire est « la blonde qui veut sauver le monde »…Tout s’éclaircit !

Voici donc mes questions à ces 2 jeunes femmes engagées, Jane et Léa :

L’idée de sauver le monde vous est venue comment?

-Jane : En fait le titre de la série documentaire « Moi la blonde qui sauve le monde… » se veut humoristique et décalé. Mais il va de soi que ce n’est pas nous (du tout) qui allons sauver le monde, on le sait très bien. On tente simplement d’éclairer les gens qui le font et qui, pour certains, sont prêts à risquer leur vie pour cela. On va donc mettre la lumière sur ces gens là, ceux qui essayent de changer les choses à leur échelle et qui donnent de leur temps, de leur énergie dans ce but. Moi-même à une époque j’avais beaucoup d’amis qui travaillaient ou étaient bénévoles dans le milieu associatif et également humanitaire. Puis j’aimais voyager. C’est toujours le cas ! Oui parfois dans des 5 étoiles, j’avoue. Je ne dis pas le contraire. Mais une semaine ça va bien ! Après j’ai envie de voir ou je suis, dans quel pays je suis, voir les gens, la culture et Léa a la même démarche. Certes il y a Brad PITT et DI CAPRIO et quelques autres qui gagnent énormément d’argent et s’impliquent pour certaines causes. Mais d’autres, qui n’ont « rien » font également des choses et ne sont pas exclusivement centrés sur eux. En partant de rien, ils tentent de changer les choses et, eux, je les admire énormément. C’est eux que j’ai envie d’éclairer. Alors le titre de la série est ce qu’il est mais c’est justement pour interpeller les gens, leur donner envie de voir, les décentrer un peu d’eux même, les décaler.

-Moi : Oui, j’aime le titre pour ça aussi ! Mais au-delà de la « série documentaire » on sent, chez vous 2 un véritable engagement.

-Jane : Oui on ne fait pas ça pour gagner notre vie. On veut vraiment interpeller les gens et leur donner envie de voyager de manière utile. C’est vraiment ça l’idée de départ. Nous sommes des graines, des gouttes d’eau. Chacun de nous peut apporter à l’autre.

-Moi : Oui se rapprocher des autres c’est essentiel.

-Léa : Oui être HUMAIN c’est important.

Réalisatrice, animatrice, comédienne et journaliste dans l’âme, est ce (encore une fois) pour mieux comprendre vos contemporains ou est ce plus simple que cela ?

-Jane : Il s’agit d’abord de mieux se comprendre soi, en étant un peu tout ça. Pour vivre et s’épanouir je pense qu’on doit, tous, d’abord bien se comprendre. Puis il s’agit, bien sur, de comprendre le monde dans lequel on vit qui pour moi, tout de même, a perdu sa vraie nature. Depuis que je suis petite je m’interroge et Léa aussi. C’est d’ailleurs pour ça que nous sommes amies depuis déjà 12 ans. Nous nous sommes rencontrées dans la même école de cinéma, nous regardons la vie de la même manière c'est-à-dire que nous savons que nous en faisons partie mais on se demande vraiment si nous sommes de ce monde. On a l’impression d’être des « extras terrestre ». Pourquoi les gens ont-ils besoin de suivre des modes comme ça à tout prix ? Pourquoi as t’on aussi rapidement des préjugés sur certaines choses ? Je ne me sens pas au dessus de la masse non ce n’est pas cela du tout. Petite déjà quand quelqu’un jetait un sac plastique parterre je m’arrêtais et demandais à la personne pourquoi elle avait fait ça. Je le fais toujours, en demandant aux gens s’ils pensent aux conséquences de leurs actes. Ce n’est pas moralisateur c’est juste pour faire passer les valeurs qui sont en moi, en nous. Il s’agit de partager ces valeurs !

-Léa : Etre à la fois présentatrice, réalisatrice, c’est se positionner…Réaliser c’est aussi une forme d’engagement et en tout cas pour nous le meilleur moyen de délivrer un message. On a commencé en fait à travailler ensemble sur d’autres projets en tant que réalisatrices et un jour Jane m’a parlé de ce projet là et je me suis dit : « mais pourquoi on n’en fait pas quelques chose de plus vaste qu’un simple documentaire et pourquoi tu ne passerais pas aussi devant la caméra ?».

-Jane : Moi au départ j’ai dit « hors de question » (rires)

Aujourd’hui, quel est le pays que vous aimez le plus ?

-Léa : Ah « Incredible INDIA !» La forêt Amazonienne est aussi très impressionnante mais pour des raisons différentes. L’Inde, c’est la plus grande démocratie du monde…Un Intouchable peut y être plus riche qu’un Brahmane même si la religion fait vraiment partie du quotidien. C’est étonnant ! Tout est possible là bas et pourtant le système des castes y est très lourd. Il y a une énergie très particulière dans ce pays, une sorte de folie... Est-ce parce que c’est l’un des berceaux de l’humanité ? Nous, nous étions au bord du Gange, le fleuve, sacré et plus précisément à Bénarès.

-Jane : L’inde, ça m’a mis la tête à l’envers mais vraiment la tête à l’envers !! Vous êtes déjà allé en Inde.

-Moi : Non mais j’ai des amis indiens et tout de même il y a quelque chose qui me choque dans leur culture mais pas que dans la leur ! Par exemple hommes et femmes ne mangent pas ensemble quand il y a des amis. Là j’avoue j’ai du mal avec l’image qu’ils ont de la femme.

-Jane : Moi là bas j’ai eu 2 chocs. C’était fort !! Avec l’équipe on s’est même cachés dans des toilettes pour pleurer. Le premier choc était plutôt positif parce qu’on avait l’impression de découvrir un monde fou et libre. Tout le monde faisait n’importe quoi dans les rues mais cela semblait joyeux. C’était un « sacré bordel » mais c’était de la vie. Puis des odeurs différentes partout. Puis c’est l’inégalité évidente qui nous a fait pleurer. J’’ai vu un petit garçon tout seul, parce qu’on filmait la rue le matin au lever du soleil, à qui j’ai demandé s’il était heureux. Il m’a répondu « oui » mais bien sur je n’ai pas cru à sa réponse. Puis une petite fille aussi, magnifique, près de la rivière qui se peignait les cheveux mais en fait je me demande pourquoi elle faisait cela parce qu’elle sera mariée de force à 13 ans. Puis nous avons aussi interrogés une femme et une autre la regardait devant nos caméras. Envieuse de cette liberté qu’elle avait à parler devant nous. Eh bien le lendemain elle est morte brulée devant son mari et ses 3 enfants. Son mari l’accusait de la tromper. Elle s’est versée du kérosène sur le corps d’un geste de désespoir et son mari a craqué une allumette.

-Moi : Oui c’est un pays qui peut faire rêver par certains cotés mais qui reste extrêmement violent.

-Jane : les gens meurent de faim encore dans ce pays. J’ai voulu donner un sandwich à quelqu’un et j’ai vu plein de gens arriver derrière. La pauvreté, c’est difficile de la voir en face. C’est vrai. Qu’est ce qu’on peut faire ? Je ne sais pas mais je me sens concerné.

-Moi : Oui se poser la question c’est peut être déjà chercher des moyens d’agir ?

Jane : Oui mais peut être que même vous, vous changez le monde à votre manière en donnant la parole à des artistes et par rapport à votre métier.

-Moi : Je ne sais pas mais oui certaines actions dans mon métier vont vers des gens qu’on n’entend pas d’habitude.

-Jane : vous avez cette conscience qui va vers l’autre.

- Moi : Je ne me pose pas la question. C’est normal.

-Jane : Ok mais il y a des gens qui ne trouvent pas ça normal et c’est bien ça le problème.

Au départ, quelle est votre formation?

-Jane : Bien c’est là ou nous nous sommes rencontrées Léa et moi. A l’école supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA), dans le 15ème à Paris. Nous y avons appris la réalisation, le montage et la production. Les bases !

Vous vous situez plutôt comme des artistes ou plutôt comme des communicantes?

-Léa : L’artistique c’est important parce que c’est aussi ce sur quoi les gens vont adhérer et qui va leur plaire. Peut être que pour moi l’esthétique passe quand même en second dans le sens que ce qui m’importe c’est surtout de délivrer un message. Par contre l’esthétique est quand même en moi.

-Jane : Moi je ne suis pas d’accord (rires). Quand je réalise un court métrage, un clip, ou un film institutionnel le message est déjà présent et ensuite forcément j’ai besoin d’émettre des images, des plans que j’ai en tête…Donc j’écris avec les images que j’ai déjà faites. Certains font le contraire.

-Léa : D’où notre complémentarité. C’est pour ça que l’on travaille ensemble.

-Léa : Moi j’aime bien travailler sur le fond et Jane apporte sa fantaisie au milieu de tout ça.

-Jane : De toute façon, à mon avis, on ne peut rien faire tout seul. Dire « mon film » « mon projet » vous savez ce que j’en pense ! Je n’ai pas besoin d’aller plus loin. On doit toujours dire notre film, notre projet. Même un acteur. Il a besoin d’un coach, de conseils. On a tous besoin de prendre de la hauteur sur des situations, besoin de recul.

Petites, vous rêviez déjà de sauver le monde?

-Jane : A l’école j’étais rousse avec des taches de rousseur en plus mon père était juif égyptien et ma mère américaine. Alors on me disait « toi je ne te fais pas de bisous tu as des taches de rousseur et en plus tu ne parles parle pas bien le français » (je venais des Etats Unis). J’ai donc vraiment ressenti la discrimination, le rejet… déjà. Je me suis donc mise, toute petite, dans la peau d’un super héros pour toutes les victimes de la discrimination et de l’exclusion. Vraiment au début j’étais victime et après je me suis dit : « je vais aider ceux qui sont victimes parce que j’en ai marre d’entendre ça ». On me traitait de sale juive et de corn flakes !! Mais moi j’aime ça les corn flakes (rires de Léa, Jane et moi). Mais ma conscience du monde qui m’entoure vient aussi du fait que mon père faisait aussi de l’écologie dans son secteur professionnel. J’ai envie que toute les consciences soient éveillées pour éviter les situations de conflits. Quand on sait comment ont commencées certaines guerres on peut avoir peur que le monde parte encore plus en vrille qu’il ne le fait déjà. Je crois qu’il faut être interprète et metteur en scène de sa propre vie !

Un jour on m’a demandé si je pensais que l’art pouvait sauver le monde. Qu’en pensez-vous?

-Jane : Nous sommes des spermatozoïdes. Chacun d’entre nous est une forme d’art. La vie est faite de signes il faut juste les voir et avancer avec ça. L’art est partout. On s’inspire toujours des couleurs et des choses qui existent déjà.

Etes vous issues d’une famille d’artistes et dans ce cas vous inscrivez vous dans une continuité ou bien votre démarche est elle plus personnelle?

-Léa : Moi pas du tout nous n’allions pas voir d’expos ou de pièces de théâtre. Quand j’étais plus jeune je passais ma vie devant la télé. Jusqu’à 13 ans c’était compliqué. Pas de vraie culture musicale, pas de culture « de la nature » alors que paradoxalement je sentais que j’avais besoin de tout ça. Donc non, je ne viens pas du tout de ce milieu là.

-Jane : Moi ma grand-mère maternelle est peintre. Elle a exposé à Londres dans des grands musées et ma mère était professeur de guitare et mannequin. Du coté paternel il y a des comédiens mais mon père est un homme d’affaires. Bon même si nous avons une sensibilité fortement artistique dans la famille mon père voulait quand même que je sois médecin ou avocate. Mais moi et mon frère il nous a soutenus. Je n’ai jamais gardé un boulot autre qu’artistique (rires)

Qu’est ce qui vous touche quand vous filmez les autres?

-Jane (elle me regarde) : Bah là par exemple je vous regarde et je vois un regard à la fois mélancolique et curieux et ce qui me touche c’est quand l’autre oublie la caméra et qu’il se confie, qu’il est dans l’authenticité. Puis, par ailleurs on peut divulguer un message quand on sait qu’on a « capturé » ces gens. Certains vont mourir mais restent éternels un peu grâce à nous. Comme on ne sauvera pas forcément le monde on laisse des traces pour les générations futures. Je trouve ça magnifique de pouvoir capturer, mais dans le bon sens, les âmes. J’ai juste envie de résumer ça en une phrase. On m’a toujours dit qu’il y avait 2 choses importantes dans la vie. C’est ce qu’on partage et ce qu’on laisse derrière soi et quand on filme eh bien c’est exactement cela.

Qui sont vos héros?

-Jane : Bien encore une fois, les gens qui sont prêts à risquer leurs vies pour les autres, pour une cause qui fait du bien aux générations futures et à la planète. Parce qu’elle est belle cette planète et qu’on ne doit pas la laisser dans cet état là. Oui bien sur elle est vouée à disparaitre, comme tout ! Mais si nous n’étions pas responsables de sa dégradation, nous pourrions mourir avec dignité.

-Léa : Moi je n’ai pas de héros. Il y a des gens que j’admire mais pour moi il n’y a pas de héros. Nous sommes tous capables de choses extraordinaires. Il faut juste le savoir et vouloir les réaliser. Alors s’il doit y avoir des héros, disons que nous sommes tous des héros.

C’est au tour de Jane et Léa de me poser une question…

-Jane : Et vous, votre pays préféré ?

-Moi : Le pays je ne sais pas mais je crois que j’ai une vraie affinité avec le continent africain. J’aime cette culture simple. Puis leur musique basée sur le rythme essentiellement. Dans mon métier j’ai appris aussi à connaitre un peu cette culture parce que j’ai pu échanger avec beaucoup de maliens ou de sénégalais par exemple.

-Léa : Qu’est ce que vous avez fait pour changer le monde aujourd’hui ?

-Moi : Dans le cadre professionnel j’ai aidé une maman à régler des problèmes de transport, spécifiques, pour que sa fille handicapée puisse se rendre à son école tous les matins. En même temps, ça fait partie de mon boulot.

Pour finir cet entretien voici un lien vers le travail de Jane SCHINASI :

http://www.touscoprod.com/fr/project/produce?id=983

JANE SCHINASI ET LEA DURANT : L'ENTRETIEN

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